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L'Editorial par Yves de Kermel
Novembre, mois de l'E.S.S !

 
 

Ce mois s'annonce sous le signe de la Solidarité, c'est le Mois de l'ECONOMIE SOCIAL et SOLIDAIRE (E.S.S.) !

Le COVACEQ est l'un des membres de la "Coordination Var" qui organise les Rencontres Départementales de l'Économie Sociale et Solidaire . Cette manifestation se tiendra le 14 novembre dans les locaux de la Ligue de l'Enseignement FOL du Var à Toulon. Elle a pour but de mieux faire connaître ce qu'est l'ESS. Nous reproduisons ci-dessous des extraits d'un article publié récemment sur ce sujet par AgoraVox.

Yves de KERMEL

.

 

Au-delà de la crise financière : l'économie sociale et solidaire, un espoir .

«  Une certaine idée de la mondialisation s'achève avec la fin d'un capitalisme financier qui avait imposé sa logique à toute l'économie et avait contribué à la pervertir. L'idée de la toute-puissance du marché qui ne devait être contrarié par aucune règle, par aucune intervention politique, était une idée folle. (…) Ce système où celui qui est responsable d'un désastre peut partir avec un parachute doré, où un trader peut faire perdre cinq milliards d'euros à sa banque sans que personne ne s'en aperçoive, où l'on exige des entreprises des rendements trois ou quatre fois plus élevés que la croissance de l'économie réelle, ce système a creusé les inégalités, il a démoralisé les classes moyennes et alimenté la spéculation sur les marchés de l'immobilier, des matières premières et des produits agricoles. (…) Un nouveau rapport doit s'instaurer entre l'économie et la politique à travers la mise en chantier de nouvelles réglementations. » .

Ces extraits du discours de Nicolas Sarkozy, le 25 septembre dernier à Toulon, symbolisent la prise de conscience (entamée sous la pression de la crise écologique) de l'ensemble de la classe politique et de l'opinion publique, de la nécessité de changer de paradigme en économie.

Alors, face à l'impasse des excès du capitalisme financier et du productivisme, comment agir au mieux ?  Pour certains, il n'y a plus vraiment de marges de manœuvre et il faut faire le dos rond en attendant des jours meilleurs… Pas vraiment mobilisateur comme perspective ! D'autres parlent d'un nouveau Grand Soir, d'un renversement d'un capitalisme à bout de souffle. Mais cette idée ne mobilise plus vraiment au-delà d'un cercle de militants, d'une minorité active, qui peine à s'élargir. 

La société, dans son ensemble, n'attend plus et ne croit plus à un hypothétique autre système , qui se construirait à côté de l'économie de marché, contre elle et avec l'ambition de la remplacer. Ces lendemains qui chantent ne sont plus entendus par la majorité. 

Alors comment faire renaître l'espoir, sans lequel aucune lutte, aucune émancipation, aucun progrès humain ne sont envisageables ? Comme le dit bien Edgar Morin, « la résurrection de l'espoir n'est pas la résurrection de la Grande Promesse, c'est la résurrection d'une possibilité ». La Grande Promesse est caduque, mais cette idée de Possibilité est plus que jamais vivante. Elle s'incarne notamment dans l'économie sociale et solidaire. 

Une réalité plurielle très actuelle

Ce champ, aux racines historiques profondes (XIX e siècle) renvoie à une grande diversité d'initiatives entrepreneuriales ayant en commun des pratiques différentes de l'entreprise : plus solidaires, plus démocratiques, avec la volonté de remettre l'homme au cœur de l'économie.

En voici quelques exemples :

- Les sociétés coopératives de production (Scop) , comme Chèque Déjeuner, sont des entreprises dont les salariés sont associés majoritaires et mutualisent les risques et les grandes décisions (selon le principe « un homme - une voix ») : choix des dirigeants, orientations stratégiques, affectation des résultats. Ceux qui décident sont ceux qui travaillent, pas des actionnaires financiers strictement focalisés sur la rentabilité. 

- Les entreprises d'insertion par l'activité économique, comme Envie, créent, elles, de l'activité économique pour donner de l'emploi à des personnes en situation d'exclusion.

- Les entreprises mutualistes , comme la Macif.

- Les entreprises de commerce équitable comme Ethiquable, assurent un juste revenu aux petits producteurs et artisans du Sud et le respect de leurs droits fondamentaux. Elles leur garantissent notamment un prix minimum stable et un partenariat commercial et technique à long terme favorisant leur autonomie. Elles contribuent à rendre le commerce mondial plus juste, plus respectueux des pays en développement.

On pourrait multiplier les illustrations de ces entreprises sociales et solidaires, et de leur intérêt renouvelé en ces temps de crise financière.  On les retrouve, de fait, dans tous les secteurs.  Elles sont également de toutes tailles.

Des fondamentaux humanistes

Plurielles dans leurs réalités, ces entreprises partagent néanmoins les mêmes fondamentaux.  Entreprises à part entière, elles ne considèrent pas pour autant le profit comme une fin en soi, mais bien comme un moyen au service de leur projet. Projets collectifs par essence, elles sont également attachées à un partage équitable du pouvoir et des richesses créées.

L'économie sociale et solidaire prend donc aujourd'hui toute sa pertinence, car elle réinjecte de la solidarité et de la démocratie dans l'économie, deux valeurs qu'une finance folle, focalisée sur la maximisation court-termiste du profit et déconnectée du politique, a cherché à évacuer. 

Cette pertinence est une espérance, portée par les centaines de milliers d'hommes et de femmes qui font vivre au quotidien un message simple, mais aujourd'hui essentiel : il n'y a pas qu'une seule façon d'entreprendre, de travailler, de produire, de consommer, d'épargner, d'investir. Il est possible de vivre autrement son rapport à l'économie et à l'entreprise, de manière plus solidaire, plus démocratique, plus humaniste .

Dans notre monde contemporain, complexe et interdépendant, la question n'est plus d'être pour ou contre l'entreprise, pour ou contre le marché, pour ou contre la finance, questions stériles et polémiques, mais pourtant si appréciées sur le théâtre des postures politiques françaises. ??Le véritable enjeu dont devrait se saisir avec force le débat démocratique et citoyen consiste plutôt à en discuter les modalités : quelle entreprise voulons-nous ? Quel marché ? Quelle finance ? Pour faire quelle économie ? Avec quelles finalités ? Avec quelles régulations ? 

L'économie sociale et solidaire apporte des réponses concrètes, partielles, mais réelles, à ces questions fondamentales. Dans le contexte actuel, elle ne demande qu'à les faire entendre davantage, pour les partager, les enrichir, les améliorer, les amplifier.

A l'ensemble de la collectivité - société civile, pouvoirs publics, entreprises - de s'en saisir, pour faire vivre à grande échelle un véritable humanisme économique , à la hauteur des enjeux du XXI e siècle et des attentes de la société, qui n'a jamais été autant en quête d'un autre mode de développement.